Je suis vénitien, tropézien et aixois. Je suis un méridional qui
aurait eu trois villes latines pour lieu de naissance et, de toute évidence, elles
m'ont enfanté en même temps.
La protection du lion de saint Marc
l'évangéliste, le sceau du roy René, protecteur des
arts, et le fidèle chien qui accompagnait saint Tropez ont répandu sur moi
leurs bienfaits. Fumant le rêve sur la barque de notre saint patron venant de Pise,
j'ai pu à mon gré traverser l'Adriatique pour mieux saisir la lumière
des ciels qui me chapeautèrent pour les traduire en transparence sur le liège.
Ma vie, combat incessant sur l'ennemi visible et invisible, a toujours été remplie
de vagues tantôt diluviennes, tantôt zéphyréennes ; mon radeau a
été guidé par les sirènes et les tritons neptunéens et ni
le poulpe d'Arrouye, ni le dernier corbeau noir de l'autre Vincent traversant ma route ne
pourront voiler la lumière bleu et rose de l'Espérance qui
auréole les cimes de ma Sainte-Victoire.
Après avoir travaillé Titien, Canaletto, Guardi... Signac, Bonnard, Matisse,
Cézanne, j'ai pu trouver une écriture qui traduit mes états d'âme
sous les trois ciels. Aujourd'hui, Saint-Tropez me donne sa palette acidulée aux couleurs
des bonbons anglais de mon enfance. Ecrasant les pigments au pilon de mon mortier, je décris
des diagonales, des verticales, des horizontales en écoutant Mozart.
Comme le disait saint François d'Assise :
"II fait beau tous les jours mais différemment"
et je capte les "flashes" de la nature qui se renouvelle sans cesse.
Je suis venu à Saint-Tropez pour vivre, peindre (Dieu pardonne-moi ce pléonasme)
et être aimé et si l'on n'est jamais sûr d'avoir réussi, il fait bon
de recevoir un jour ce petit mot du premier magistrat de sa ville :
"Mon Cher Vincent, je te souhaite une très heureuse année
1985, et merci d'être présent à
Saint-Tropez et d'y consacrer une part de toi-même si conforme au site, à l'histoire,
à l'esprit."
Je crois qu'il traduit là la pensée de mes amis tropéziens que je côtoie
tous les jours en achetant mon vin, mes olives, mon fromage de chèvre et mon poisson
frétillant, et je leur rends cette pensée en leur donnant d'un air entendu la bise,
du coin de l'œil !