4. Aixois-Coeur-fidèle.
Après les études et force voyages, il revient à Aix
où (comme Cézanne avant lui) il avait, pour suivre sa vocation, refusé
d'être juriste. Son credo est celui-là même de Stendhal : "avoir pour
métier sa passion". Comme, malgré des débuts en fanfare, la peinture ne le
nourrit pas encore (ça viendra vite), et comme il adore "chiner", son goût très sûr
en la matière deviendra son métier de complément, et il s'y
révélera très expert. 1960 : début d'une association fraternelle
avec Hélène Caral de Montéty et création du magasin
d'antiquités "Le Buisson ardent".
Bientôt, l'artiste s'installera à Peynier-sur-Arc, village dont le maire fut
longtemps son oncle Vincent Delpuech.
On verra souvent chez lui Bernard Buffet, alors fixé
tout près de là, à "Château l'Art". Les deux artistes, qui plus tard
voisineront également à Saint-Tropez, se lieront d'amitié.
Puis celui qu'on
commence à appeler "Vincent Roux le Magnifique" se fixe à Aix même, dans le
quartier Mazarin. Les magazines (dont il sera jusqu'à sa mort l'un des chouchous)
l'y camperont en arbitre des élégances : raffinement et originalité de sa
vêture et aussi de son cadre de vie. Devenu Tropézien, Vincent restera fidèle
à Aix. À cause de ses deux grandes amies : Hélène et Sainte-Victoire.
Antiquaire et "locomotive mondaine" (comme on dit alors), Hélène s'associera avec
Michèle Cornut pour créer, rue Jaubert, un nouveau magasin, "Les Pâris
d'Hélène". Il sera le haut-lieu du "rouxisme" aixois et le reste. "Mes bonnes
fées", dira tendrement Vincent à propos d'Hélène et Micha.
Sainte-Victoire, elle, restera associée avec Cézanne. Bien qu'habitant
désormais au bord de la mer, notre héros (dont le second prénom est Victor,
et dont les premières escalades vers la Croix de Provence datent de l'enfance) continuera
à fréquenter assidûment la géante de pierre. Comment, après le
"Maître d'Aix", oser peindre "ce lieu où souffle l'esprit" ? L'artiste s'y refusera
jusqu'en juillet 1979. Là, en direct devant les caméras de FR3, il cédera
aux instances d'un journaliste ami et jettera sur le liège, au pastel gras, un brillant
et brûlant "à la manière de" : une "montagne magique" très
cézannienne - et très "fauve".
Ce sera le début d'une phase nouvelle de son œuvre, où le paysage passera du
second plan au tout premier. Irruption. Eruption. Signe avant-coureur : les forces telluriques
auxquelles il devient très sensible et sa santé qui se détériore
lui font voir Sainte-Victoire comme si elle n'était plus, elle aussi, que chair
pantelante. Pour qui sait regarder, certaines toiles de son avant-dernière exposition
sont bouleversantes. Et prémonitoires. Antonin Artaud : "Mon corps est fissuré
comme la grande montagne"…