5. Tropézien.
"Adoniser" : verbe ancien qui signifie qu'on embellit quelqu'un. La
baguette magique "adonise" la souillon pour en faire une princesse et le pinceau du peintre
transforme le poussah en un Adonis. Vincent Roux, lui, n'adonise pas un poussah mais un "pacha"
: cet amiral ventripotent, le bailli de Suffren, dont la statue de bronze (sur le port, devant
le "Sube") est le symbole même de Saint-Tropez. Dessin révélateur
que celui où, affiche aidant, le lourdaud devient petit prince :
c'est avec des lunettes de soleil adonisantes, enjolivantes, que notre héros,
peintre de la couleur qui rejouit l'œil,
lorgnera sa vie durant la "Cité du Bailli", ainsi que ceux qui y vivent ou y passent.
Depuis sa jeunesse, il est régulièrement venu là pour des week-ends plus
ou moins longs. La seule période où il cesse d'y venir, c'est celle où il
y fixe sa résidence principale. Grosso modo : 1965-1991. Un quart de siècle.

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Y vient-il, y vit-il parce que c'est alors un
lieu follement en vogue -
très "smart", très "in", très "top" (un terme chasse l'autre) ? Cela compte
, bien sûr : la peinture est (aussi) un commerce de luxe, il serait sot de faire fi du
"service avant-après-vente". Vincent n'est pas professeur de morale, à la
différence des "Sénèque de chez Sénéquier" dont a parlé
Blondin. Il ne boude pas le plaisir qu'il éprouve à côtoyer quelques unes des plus
belles créatures de la planète, attirées par le miroir aux allouettes. Que
ses fêtes, en ses villas de Beauvallon, puis de la Chapelle Sainte-Anne, puis dans son hôtel
particulier de la place de la Garonne, fassent immanquablement leur plein de "juicy people",
voilà qui le comble.
La beauté des paysages ne cessera jamais de lui tirer des larmes (il cite souvent Bonnard,

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dans une lettre de 1909 : "J'ai eu un coup de Mille et Une Nuits, la mer, les murs jaunes, les
reflets aussi colorés que les lumières…") Enfin, il est aux anges d'être
accueilli, en confrère, chez d'illustres confrères : Signac, Matisse,
Derain, Braque et consorts.
Mais si quelqu'un n'est pas dupe de la "foire aux Vanités" tropézienne, c'est bien
lui. Ce qu'il aime en ce haut lieu de tous les fastes et de toutes les frimes, c'est le
Saint-Tropez profond, caché. Celui des gens simples qui pleureront sa mort, en 1991,
après l'avoir adopté dès les années 60 en dépit de ses
effervescences de grand seigneur, derrière lesquelles ils avaient découvert
l'homme vrai et bon. L'homme qui n'aimait rien tant que de se promener, solitaire, loin des
tumultes de la place des Lices ou de Pampelonne, en ce cœur de la presqu'île où la
nature est intacte comme aux premiers moments de la Création. Flash souvenir : la plage
de l'Aqua, vers 1980 ; fracas de hard-rock, pia pia de volière survoltée
, Vincent, sur son matelas, lisait saint Jean-de-la-Croix.