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10. Vénitien.
Lequel de ses anneaux Vincent Roux jeta-t-il dans la fameuse lagune pour
signifier à Venise qu'il serait à jamais son féal ? On ne sait. Mais on sait
qu'entre elle et lui ce fut à la vie, à la mort. Il connaissait tout de la
Sérénissime, ses palais et ses musées, ses salons et ses bouges, ses
princesses mendiantes, ses putains milliardaires, ses gondoliers voyous. Il a peint ses fastes
vénéneux et sa faune interlope avec une tendresse inquiète : "Attention,
voyageur ! Tu ne seras certes pas là le jour où la cité lacustre s'enfoncera
dans les abysses. Mais, d'ici là, drapée dans sa "bauta" d'où dépasse
une faulx, la Mort t'attend peut-être au détour d'un canal. Comme, près des
cabines de bain du Lido, l'éphèbe ambigu Tadzio attendait Aschenbach"…

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La Venise de Vincent était celle de Mann et de Visconti, mais aussi celle de Carpaccio et
du Titien, et encore celle de Morand et de Music, d'Ugo Pratt et de la comtesse Volpi. Mais, pour nous qui
l'avons connu gondolier, Venise s'appellera toujours Vincent Roux.
Casanova. S'il est déguisements qui lui collèrent à la peau, c'est bien ceux
où Sior Maschera se donna les sémillantes apparences de cette canaille de Giacomo.
Au temps de sa splendeur, Vincent fit venir de Venise une vraie gondole pour que Casanova en
personne (c'est à dire lui-même !) inaugurât l'immense piscine de sa villa
"La Nouvelle Adélaïde". Mais voyez ses travestissements vénitiens des
dernières années : "Fellini-Casanova" est passé par là,
le personnage tragique du séducteur vieillisant le fascine, et l'ombre commence à
envahir le plus beau et plus triste salon du monde : une place Saint-Marc où virevoltent les
derniers couples et où le prêtre roux a déjà sonné l'Angelus.
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