Le Barbier de Séville de Vincent Roux

1968 : Quand Vincent-Figaro

"allumait le feu" à l'Opéra de Marseille...

À cent quarante-cinq années d'écart, le public de l'Opéra de  Marseille montrait qu'il était constant dans l'art de la cabale, rappelle Edmée Santy à propos d'un Barbier de Séville dont Vincent Roux avait créé décors et costumes...

18 mars 1823 : première au « Grand Théâtre de Marseille » du « Barbier de Séville » de Rossini : bagarre générale à l'entrée d' Almaviva déguisé en officier, libéraux et royalistes en venant aux mains : le marquis de Montgrand, maire de Marseille, fait intervenir sans douceur la gendarmerie et par précaution laissera le Grand Théâtre fermé jusqu'à la fin de la saison.


21 décembre 1968 : « les enfants du paradis » s'en donnent à sifflets à roulettes que veux-tu à l'entrée d'Almaviva déguisé en petit abbé (soutane froufroutante, envolée de plissés et de dentelles) sorti tout droit des couloirs du Saint-Siège des années 1816 (date de la création, à Rome d' Il Barbiere di Siviglia) : Gaston Defferre, maire de Marseille n'a pas à faire intervenir les forces de l'ordre, bien qu'obtenir un strapontin ait provoqué aux guichets des scènes d'émeute (ainsi que pour les 3 autres représentations).


A cent quarante cinq années d'écart, le public prouvait ainsi qu'il était constant dans l'art de la cabale : mise à mort annoncée pour Vincent Roux, auteur des décors et costumes, dont le seul nom à ! 'affiche avait drainé un charter spécial du Tout-Paris envisonné et mobilisé les « Unes » de la presse nationale, caméras de télévision en prime. Qui plus est,
Vincent Roux-le-Marseillais, parrainé par Marcel Pagnol pouvait-il être prophète en sa ville ?

 

Allait-on pardonner au peintre des têtes couronnées et autres célébrités d'avoir paré Rosine de robes dignes de la Malibran (qui chanta le rôle), dont une rehaussé d'un boléro (2 kilos et demi de perles), empanaché Almaviva comme un Grand d'Espagne, escamoté le chapeau noir de Basile pour que mieux s'envole l'air de « la Calomnie » sur les ailes de la chauve-souris, tressé la résille de Figaro de perles de bois et comble de la provocation, permettre à Almaviva d'enlever Rosine dans une cape d'hermine blanche bordée de queues de vison (création du fourreur Chombert) ?
Quant à l'idée de transformer la maison du docteur Bartolo en une vaste demeure aux colonnes de lapilazzuli, n'était-ce pas hérésie, comme si représenter Séville au XVIIIème siècle devait forcément planter le décor de Bécon-les-Bruyères.
En donnant à « voir » la partition de Rossini, Vincent Roux voulait que « l' oeil puisse écouter» ce joyau dans toute son éblouissante folie et que le livret de Beaumarchais sonne à chaque croche, le délire du livret accompagnant le génie débridé de la musique. Trente ans après, je me souviens, et de la « première » et des suivantes. Depuis, bien sûr, j'ai assisté à d'autres représentations du « Barbier » ( dont celle, très personnelle et tout aussi peu « conventionnelle » due à Ruggero Raimondi à l'Opéra de Nancy) : eh bien, j'ai encore et aurai toujours l'oreille et l'oeil éblouis par la tornade fracassante déclenchée par Vincent Roux.


L'impertinence scrupuleuse des détails, l'allegria de la palette - 8 couleurs au maximum, le bleu, le violet et l'or étant ses préférées - l'invention des matériaux - somptueux comme ceux utilisés aux XVIIè, XVIIIè et XIXème siècles- novateurs - acier et mica - farfelus (bouchons), raffinés (perles et broderies de verre) - la rigueur« architecturale», autant de vertus cardinales pratiquées par un Vincent Roux, beaucoup plus attaché à servir Beaumarchais et Rossini que sa propre gloire.

La mise en scène de Jean-Jacques Etcheverry se coula dans l'écrin Vincent Roux, permettant de « faire comme si » l'on découvrait « le Barbier ».
Côté distribution, Mady Mesplé, la « Rosine » cristalline, mutine et ... rossinissine ; Albert Voli, « Almaviva » sopraniste (et ce qui ne gâtait rien au profil de Gérard Philipe) ; le « Figaro » de Pierre Le Hemonet, débordant de vaillance et d'assurance ; Michel Roux dont le « Bartolo » demeure inégalé parce qu' inégalable ; Frank Schooten, un « Basile » très éminence grise chantant « la Calomnie » comme un Richelieu ou un Mazarin ; Agnès Disney rendant à « Marceline » la cocasserie voulue par le compositeur.

Reynald Giovaninetti restituant au « Barbier» sa vocation première héritée directement des gemmes mozartiennes, fut le chef fédérateur de cette « folle journée ».
Qui « alluma le feu » à l'Opéra de Marseille. sous - la direction du cher Louis Ducreux.
C'était en décembre 1968 : c'était hier.
Pour moi, ce fut et sera une parenthèse de grâce.

Edmée SANTY

Le Provençal, 1968

Maquettes des costumes du Barbier de Séville

Le troubadour copie

Revue de presse

De Vincent Roux à Louis Audibert

1968

Vincent Roux - Peintre Architecte

1967

Vincent Roux "Le Salon de Bartolo"

1967

"Le Barbier de Seville" et "Les Saltimbanques"

1967

Vincent Roux veut redonner au "Barbier"

1967

Regine Goes as Rosine For Her Own "At Home"

1967

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Régine et Vincent Roux - 21/11/1968

Régine et le peintre Vincent Roux présentent les costumes et décors Barbier de Séville - Journal de Paris. ORTF

Source : INA

Opéra de Marseille, Vincent Roux et Mady Mesplé (Rosine)