Sior Maschera

Ainsi, dans la vieille langue vénitienne, désignait-on le carnavalier non seulement masqué mais encore déguisé et enveloppé de la "bauta", la grande cape noire du Carnaval. Figure d'une commedia dell'arte moderne (mais vieille comme le monde), Vincent Roux est tout un Carnaval en un seul homme. Il tient de Frégoli, l'acteur aux mille et une métamorphoses. Il tient de Pierre Loti, l'Académicien navigateur qui posa dans tous les costumes de la terre, le nu intégral compris. Et s'il se campe en Arlequin, ce n'est pas sans s'orner à l'occasion d'un rouge nez de clown.

 

Comme pour nous dire, calembour visuel à l'appui, que sa grande affaire est le clonage. Ses travestissements de bals costumés, vivantes et éphémères œuvres d'art, sont en effet autant de dédoublements, de détriplements, de démultiplications en cascade de la part la plus ludique, la plus conviviale, la plus extravertie de son ego.

 

Ces auto clonages qui s'allumaient les uns aux autres comme les fusées d'un feu d'artifice lui permettaient de s'échapper à lui-même en se créant sans cesse de nouveaux alias plus époustouflants les uns que les autres. Jeu bien compliqué. Règle très simple : "Je est un autre".

Jean-Michel ROYER

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V. ROUX à la Nouvelle Adélaide - 1974