Jean MANGION

Impression : soleil levant sur la Sainte Victoire ... système de peinture, système de pensée, désir d'enfermer l'immédiat dans la durée, l'impression dans la recherche.
 

Le détour de Vincent Roux consiste à rendre naturellement l'impression celle qu'elle a été ressentie. 11 peint en plein air, écrase, recoupe, fragmente ses touches et recherche inlassablement à rendre la vie, la lumière dans son intensité, à saisir le moment qu' il peint, mais toujours en partant d'une impression de nature.
 

Il surprend la lumière, les nuages, les arbres, c'est un peintre du visuel.


Agrégats informes de plans colorés, ses œuvres deviennent harmonies chromatiques où s'impose la logique de cette même couleur synthétisant une forme qui, comme  le dessin, reste volontairement délaissée au profit des plans.


Il voit la nature en profondeur et derrière les plans, par la couleur, la nature se révèle à lui-même et la sensation qu'il en a remonte de la toile dont émane un lyrisme imposé par la conception qu' il génère faite de rythme , d'équilibre et d'un certain ordre classique donc la violence est étrangère.
 

La couleur, facteur d'équilibre, semble délivrer le peintre de ses angoisses devant l'impossibilité de saisir parfois une nature fugitive dont les vibrations sont inscrites dans sa mémoire de visionnaire qui enregistre les éléments les plus insaisissables, les coloris les plus subtils pour transcrire l'éphémère de l'impression, l'irréel retrouvé au-delà du sensible.
 

L'art de Vincent Roux s'efface alors et nous sommes dans cette exposition en présence de la nature, la Sainte Victoire, dans sa structure cosmique, dans ses lois naturelles, dans son mouvement instantané.
 

Sans cesse en éveil, ce créateur veut dépasser les limites du sensible, résoudre des mystères qui s'imposent à lui, mystères des harmonies, de l'harmonie même de son propre geste, de sa propre vision qui sans cesse revient à sa pensée ce qui confère à son oeuvre un charme indissoluble entre l'intime et le provoquant, l'existant et !'existé.
 

C'est pour cela que l' œil a envie de se balader dans ses œuvres, la main de les toucher et le corps d'y déambuler car il immortalise ce qui nous aveugle.
 

L'équilibre qu'il trouve alors entre la lumière et l'ombre, les horizontales et les verticales évoque ce calme d'un lieu où chacun trouve dans le langage esthétique des couleurs, l'interrogation à sa propre vie.

Jean MANGION

Directeur administratif
École d'Art et d 'Architecture de Marseille