Michèle CORNUT-CARAL

"Rien ne se fait de beau que par amour, Vincent Roux, lui, travaille pour plaire non pour surprendre". C'est ainsi que Marcel Pagnol louait la "volonté de plaire" de cet artiste, qu'il oppose à la "volonté d'étonner" de trop de nos contemporains. l 'élégance instinctive de ses premières œuvres, la fraîcheur de son regard sur le monde extérieur, et l' image d'une perpétuelle recherche "d'Expressions d’Être" restent imprimées dans notre mémoire.
Que ce soient les compositions florales traitées à l'aquarelle, les portraits-miroirs où se reflète parfois Narcisse et la fascination du modèle " faisant tomber le voile", les pastels sur liège des Fêtes à Venise, les " interprétations" du Musée du Jeu de Paume et du Musée de l'Annonciade, tout est prétexte chez Vincent Roux à l'harmonie d'une palette qui joue avec passion une symphonie éclatante de sensations colorées. Enfin, l' irruption du paysage perçu comme un "modèle" du langage symbolique des choses.


Cette nouvelle manière de voir, de percevoir et d'aimer la nature, évoque la transparence de l'image-figure où s'entrecroisent et palpitent d'intenses vibrations sur les forces rythmiques du dessin et trouve son accomplissement à l'aide d'une composition fixe ou parfois grâce à la tache pure des profondeurs marines ...
Sur les traces de Cézanne, Vincent Roux, "habité" par les mêmes paysages, les a animés sur ses toiles d'une expression poétique profonde qui éveille en nous une émotion analogue à celle du peintre. En présence de cette nature habitée et structurée par la vision de l'artiste, il semble que ce rocher d'ombre et de lumière surgisse du chaos originel, tel un vaisseau fantôme éperonnant le ciel et les ténèbres, ou, tel un glacier flamboyant dont les arêtes vives s'irisent de cristaux vibrant de leurs feux à venir, présage d'une mutation d'espèces.


Vincent Roux, "Visionnaire constructeur", témoin des métamorphoses de Sainte-Victoire à l'automne, suggère la dualité éternelle du visible et de l' invisible, tantôt ménageant les espaces natifs du liège, tantôt recouvrant par surimpressions de taches et d'obliques, d'autres espaces qui obscurcissent et animent le liège. la touche est vive, miroitante, se transforme en sinueuse clarté avec l'emploi de l'aquarelle ou s'arrondit plus nettement dans les dessins. Sainte-Victoire transfigurée, volcan imaginaire nimbé de signes mobiles décrivant par la juxtaposition des couleurs une turbulence cosmique qui ruisselle d'éclairs. Par la nature de son talent, Vincent Roux a su traduire la magie rayonnante de la "Montagne Sainte" de son enfance et ainsi recréer l'unité dans "la communion de l’œuvre d'Art". Son propre mystère est uni au mystère qui l'entoure, infini dans l'espace et infini dans le temps.

Michèle CORNUT-CARAL

Président de l'APPO Vincent Roux

Les Quatre Saisons de Vincent ROUX

Il y a seize ans disparaissait Vincent Roux.


Notre Association a tenu à rendre un hommage à sa mémoire sur le thème de Saint-Tropez : bravades, marines, paysages.
Ces œuvres, dont certaines inédites, sont présentées sur les cimaises du château-hôtel de la Messardière, l’un des cadres les plus prestigieux de la presqu’île de Saint-Tropez.
« Rien ne se fait de beau que par amour, Vincent Roux travaille pour plaire, non pour surprendre ». C’est ainsi que  Marcel Pagnol louait « la volonté de plaire » de cet artiste, qu’il oppose à « la volonté d’étonner » de trop de nos contemporains. Vincent Roux, tout au long de sa vie et dans toute son œuvre, se sera conformé à cette idée-force de Marcel Pagnol.
Douceur de vivre, de peindre et d’être aimé…
Vincent savait communiquer à ses proches, à ses amis, cette joie intime qui l’animait  et que nous ressentons encore si profondément après sa mort. Elle était une invitation à savourer la vie, partager les fêtes, les vernissages, mais aussi à méditer au fil des longues promenades sur la plage ou dans les collines et les vallons de la presqu’île.


Souvenons-nous des Quatre saisons de Vincent Roux…
Vernissage de printemps : bouquets et jeunes filles en fleurs aux capelines enrubannées, vernissage de Pentecôte dont les toiles s’inscrivent dans l’histoire et les traditions de la Ville de Saint-Tropez : la « Bravade », fête si chère au cœur des Tropéziens et au cœur de Vincent, dont les fougueuses bravades s’animent aux éclats sonores des tromblons environnés de fumées virevoltantes dans un élan jubilatoire unique…
Vernissage estival : paysages et portraits, douceur et volupté des déjeuners sur l’herbe à Sainte-Anne…
Puis les noces de l’eau et du vent, exposition la « Nioulargue » toutes voiles dehors alors que sur la terre, s’empourpre l’automne…
Enfin, l’exposition hivernale des givres et frimas, Saint-Tropez sous la neige…


Autant de thèmes inlassablement renouvelés dans les formes et les couleurs. Vincent, à la recherche de cette mystérieuse harmonie de l’œuvre qui conduit à la voie de l’émotion aimait à citer Eugène DELACROIX : « Qui dit un art, dit une poésie. Il n’y a pas d’art sans un but poétique. Il y a une impression qui résulte de tel arrangement de couleurs, de lumières, et d’ombres. C’est ce qu’on appellerait la musique du tableau… Qu’est-ce donc qui va à l’âme sans quoi il n’y a ni peintre ni spectateur ? Ce je ne sais quoi,l’inspiration mystérieuse qui donne à l’âme tout et qui trouve les chemins secrets de l’âme ».


Souvenons-nous aussi de Vincent Roux lui-même, dans cet autoportrait quelques mois avant sa première crise cardiaque en 1981.
Regard de l’artiste : l’œil capte l’instant et le donne, vision ultime au cœur du mystère de l’Être.

Michéle CORNUT-CARAL

Président de l'APPO Vincent Roux