Nicole MARTIN-VIGNES

Les cimaises du Musée du Vieil Aix accueillaient voici quelques mois, l'exposition "Vincent Roux et la Provence".

Orchestrée par l'Association pour la Promotion des Oeuvres de Vincent Roux, l'exposition se voulait avant tout un hommageà l'artiste aujourd'hui disparu, mettant en exergue les multiples facettes de son talent.
Promesse tenue. Quelque quatorze années après la brillante exposition "Impressions d'automne sur la Sainte-Victoire" au Musée du Vieil Aix, Sainte Victoire est encore le sujet prépondérant de cette rétrospective.
Dès l'abord, c'est un impressionnant auto-portrait qui veille sur de grands dessins tracés au fusain ou à la sanguine: l'altière montagne, familière aux aixois, s'y affirme dans sa majestueuse beauté, intègre, mais aussi parfois - contraste saisissant-calcinée, défigurée par le terrible incendie du mois d'Août 1989. Toute la sensibilité de l'artiste s'exprime ensuite
dans de grandes toiles vigoureuses et colorées exaltant la beauté changeante de la montagne.
Bien longtemps pourtant, Vincent Roux a hésité à aborder le sujet (retenu par quelque timidité face au célèbre paysage). Mais, une fois le pas franchi, c'est avec une aisance étonnante qu'il y évolue, comme s'il s'était enfin - et définitivement - approprié le modèle cézannien par excellence. Au point de le décliner en une immense
fresque (aujourd'hui masquée) courant généreusement sur les murs d'un salon de l'hôtel de Gaillard d'Agoult. "Transfiguration de la Sainte-Victoire", tel est Te titre donné à celte vaste composition où la montagne s'impose dans une symphonie éblouissante de couleurs.
Artiste éclectique, Vincent Roux aborde aussi avec enthousiasme le domaine bien différent des décors de théâtre et d'opéra. Il y excelle. Le goût de la fête, de la mise en scène, des costumes somptueux habite le peintre depuis toujours; ce penchant naturel lui inspire nombre de projets de décors et de maquettes de costumes, dont celles, tout à fait remarquables, du Barbier de Séville (donné à l'Opéra de Marseille en 1968). Lui propose-t-on d'illustrer un événement d'actualité ? Vincent Roux se laisse séduire, n'hésitant pas à associer son nom à une grande manifestation sportive: pour le combat du boxeur Gratien Tonna qui effectue sa rentrée, il crée une oeuvre forte, aux couleurs audacieuses, annonce "percutante", sur affiches géantes, du match historique.

A la demande du Syndicat des Antiquaires et Brocanteurs du Pays d'Aix, en 1981, il illustre leur dépliant d'un dessin évoquant la Fête-Dieu, cette grande fête locale si chère aux aixois.
La fête... encore.
Ce précieux dessin rehaussé d'aquarelle, témoin de 'attachement profond de Vincent Roux aux traditions de sa région natale, figure aujourd'hui dans les collections du Musée du Vieil Aix (don de Mmes Caral de Montéty et Cornut).
En toute occasion, c'est avec un bonheur toujours égal que Vincent Roux exerce son talent. Il arrive aussi que l'artiste révèle l'homme dans ce qu'il a de plus secret.

Ainsi, parfois, laisse-t-il transparaître dans son oeuvre les sentiments religieux - profonds et sincères - qui l'animent. Les touchants portraits de Ste Delphine, N.D de la Garde, et autres ex-voto, exécutés avec ferveur en témoignent.
Evoquons à nouveau, pour terminer, l'étonnant auto-portrait "Les yeux bleus devant la porte de l'Orient" qu'accueille le visiteur de l'exposition et l'accompagne enquelque sorte tout au long de son parcours.
Du visage aux traits émaciés du peintre, marqué par quelques indicible souffrance, jaillit un regard bleu, pénétrant - presque transperçant -, fixant intensément uninterlocuteur invisible.
Sobre, austère même, cette oeuvre n'en dégage pas moins une force insoupçonnée, et laisse l'étrange sensation  de la présence presque palpable de l'artiste parmi nous Vincent Roux aurait-il apprécié l'hommage ainsi rendu à sa vie d'artiste ? N'en doutons pas.

 

Nicole MARTIN-VIGNES

Conservateur du Musée du Vieil Aix

 

Le Musée du Vieil Aix a le plaisir d'accueillir en ses murs, pour quelques semaines, les œuvres récentes de Vincent Roux.
 

Le peintre provençal bien connu consacre ses dernières toiles à un site familier et particulièrement cher aux Aixois et aux Provençaux, la Montagne Sainte-Victoire et la campagne aixoise.
 

Choix judicieux. Sainte-Victoire, ce mont immuable et pourtant changeant, devenu sans doute le décor le plus célèbre du paysage aixois, continue étrangement d'exercer une fascination permanente.


Qui n'a jamais été séduit par l'allure incomparable de cette chaîne aux pentes douces et aux falaises abruptes, tour à tour encapuchonnée de brume, délicatement teintée de mauve au couchant ou rudement découpée sur le bleu du ciel balayé par le mistral.
 

Auréolée de légendes et de mystères, chargée d'histoire aussi, cette montagne un peu secrète, fut un lieu de recueillement autrefois assidûment fréquenté par les pèlerins, le refuge paisible d'ermites ayant fait vœu de silence et de solitude; si, aujourd'hui, elle a un peu perdu de son mystère, elle reste le site de prédilection des promeneurs, des rêveurs solitaires épris de nature.
 

L'altière montagne a toujours impressionné et attiré les hommes ; elle ne pouvait qu'exalter les artistes : peintres, poètes, écrivains ont subi son charme : si Cézanne la fit universellement connaître, il furent nombreux parmi le peintre à la choisir comme source d'inspiration, n'ayant de cesse d'exprimer sur la toile son étonnante et sauvage beauté.


Vincent Roux, dont on connaît l'attachement à sa Provence natale aborde lui aussi, avec délices, l’éternel modèle. La majestueuse et saisissante beauté du site à l'automne lui dicte des toiles vigoureuses et colorées, mais douces à la fois. Il peint avec justesse les couleurs chaudes et vibrantes de la fin de l' été, la lumière changeante, le ciel lourd chargé d'orage, les matins frileux où la montagne paraît couverte de neige, les terres rouge de Saint-Antonin qui s'embrasent dans le soleil du soir, les mauves tendres de la roche caressée d'une douce lumière. Le sujet est beau. Mais par la magie de son art, le peintre l'embellit encore, ou plus exactement lui confère sa propre lumière, sa sensibilité.


Ne déclare-t-il pas lui-même peindre selon ses fantasmes, ses obsessions, ses rêves et sa vision du beau. Nul doute. Vincent Roux peint ce qu'il aime. Et nous revient à l'esprit un mot que Marcel Pagnol écrivait il y a presque vingt ans à celui qui n'était alors qu'un tout jeune peintre : « Rien ne se fait de beau que par amour. » Un conseil sous forme de maxime ? Vincent Roux en a de toute évidence fait sa devise. Le œuvres qui sont aujourd'hui sous nos yeux en témoignent.

Nicole MARTIN-VIGNES

Conservateur du Musée du Vieil Aix